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CPI: Les auditions du Général Mangou


Côte d'Ivoire. Et si Gbagbo était libéré  ?

La question d’une possible libération provisoire de l’ex-président ivoirien, Laurent Gbagbo, poursuivi par la Cour pénale internationale pour “crimes contre l’humanité”, refait surface. Venance Konan, du quotidien ivoirien Fraternité Matin, décrypte les conséquences d’une telle décision.

Alors que Laurent Gbagbo a, une nouvelle fois, accusé la France d’avoir saboté sa présidence, dans une récente interview accordée au site d’information français Mediapart, l’ancien chef d’État ivoirien – chassé du pouvoir en 2011 par les partisans de l’actuel président de la Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara – poursuivi par la Cour pénale internationale (CPI) pour des “crimes contre l’humanité” pourrait, à terme, bénéficier d’une possible libération, en raison de la durée de sa détention provisoire supérieure aux normes admises par la Cour européenne des droits de l’homme.

L’ex-président ivoirien est incarcéré à la prison de Scheveningen, aux Pays-Bas, depuis près de six ans et son procès, ouvert en janvier 2016, pourrait encore durer des années. Et si les juges de la CPI ont refusé pour la onzième fois, en mars dernier, d’accorder la liberté conditionnelle à Laurent Gbagbo, le président de la Chambre, Cuno Tarfusser, s’est prononcé en faveur d’une remise en liberté, sous condition, de l’ancien chef d’État.

Quelles conséquences pourraient avoir un retour de l’ancien président sur la scène politique ivoirienne ? Nous avons posé la question à Venance Konan, directeur général du quotidien ivoirien Fraternité Matin.

Courrier International : Comment a réagi la société ivoirienne, et la presse, à l’interview de Laurent Gbagbo dans Mediapart ?

Venance Konan : Les partisans de Gbagbo sont bien contents de l’entendre dire ce qu’il a toujours dit. De l’autre côté, les partisans de Ouattara font preuve de beaucoup de résistance.
Il n’a pourtant rien dit de nouveau, il accuse la France d’être derrière la rébellion et la crise, c’est la thèse bien connue de ses partisans. Mais il faut rappeler à M.Gbagbo que quand il était au pouvoir, il n’a pas fait grand chose pour se démarquer de la France avec qui il a toujours entretenu de grandes relations. Pour ce qui est de la presse ivoirienne, elle est toujours aussi clivée : il y a la presse bleue, pro-Gbagbo, et la presse pro-Ouattara. Nous, à Fratmat, nous essayons de ne pas tomber dans ces clivages-là, même s’il faut admettre que nous sommes une presse de l’État.

Mediapart juge qu’il est “fort probable” que Laurent Gbagbo retrouve la liberté d’ici à 2020, date des prochaines élections. Qu’en pensez-vous ? Quelles conséquences cela pourrait-il avoir ?

C’est vrai que le procès est long et que ça traîne, mais je ne crois pas que la CPI puisse se déjuger comme cela. Je suppose que si elle a voulu le juger, c’est qu’elle avait des arguments solides. C’est vrai aussi qu’on en parle de plus en plus. S’il est libéré, ses partisans vont d’abord danser de joie : selon eux, une libération prouvera l’innocence de Gbagbo, montrera qu’il a été accusé à tort, qu’il a été victime d’un complot de la France et que c’est lui qui a gagné les élections. Ils ne reconnaîtront jamais Ouattara, qu’ils considèrent comme illégitime. Il est possible que cela donne lieu à une nouvelle crise plutôt qu’à une réconciliation… J’imagine déjà l’émeute qui se produira à son retour au pays. Et où ira-t-il ? Tout cela semble compliqué.

Dans ce contexte, comment envisager une réconciliation entre les deux camps ?

Cela fait des années qu’on se regarde en chiens de faïence : en 2010 et 2011, on est allé jusqu’à se battre et à se tuer. Dans trois ans il y a de nouvelles élections : si le résultat fait qu’on se tape dessus, on aura fait tout ça pour quoi ? Il y a quand même eu 3 000 morts, la réconciliation est nécessaire. Guillaume Soro [le président de l’Assemblée nationale] en a parlé lors de son discours de rentrée. Dès que le président Ouattara a été élu, il a créé une commission “dialogue, vérité et réconciliation”. Cette commission a fait ce qu’elle a pu, mais ça n’a pas donné grand chose.

Il y a de la bonne volonté, beaucoup de tentatives, mais les deux camps sont trop marqués. Pour les partisans de Gbagbo, il faudrait libérer tous les prisonniers politiques. Les partisans de Ouattara tiennent à ce que la justice soit respectée. Les deux camps ne parlent pas le même langage. On va continuer combien de temps comme cela ?

Propos recueillis par Claire Gounon

Source: Courrier International


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